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Les réponses politiques aux problèmatiques environnementales

En introduction, Erwan Lecoeur est revenu sur l’étymologie du mot écologie : « En 1866, Haeckel, scientifique allemand, crée le terme, ecolocos, l’étude de l’environnement, d’un milieu, et des relations entre ce milieu et les espèces qui l’habitent. C’est la première acception du terme écologie. C’est ce qu’on va appeler l’écologie scientifique ».

Puis après avoir évoqué les socialismes utopistes et les expériences autogestionnaires, avec il a tenu à souligner « qu’aujourd’hui, l’écologie politique a repris une bonne partie de ces idées, et notamment de ce qu’on pourrait appeler les questions de coopératives, de mutuelles, et de tiers secteur. »

mis en ligne le 5 juillet 2010 - 359 visites

En introduction, Erwan Lecoeur, sociologue, intervenant lors d’une réunion de formation-débat de Réso est revenu sur l’étymologie du mot écologie : « En 1866, Haeckel, scientifique allemand, crée le terme, ecolocos, l’étude de l’environnement, d’un milieu, et des relations entre ce milieu et les espèces qui l’habitent. C’est la première acception du terme écologie. C’est ce qu’on va appeler l’écologie scientifique ».

Puis, après avoir évoqué les socialismes utopistes et les expériences autogestionnaires, avec il a tenu à souligner « qu’aujourd’hui, l’écologie politique a repris une bonne partie de ces idées, et notamment de ce qu’on pourrait appeler les questions de coopératives, de mutuelles, et de tiers secteur. »

Voici la suite de son intervention, dont nous produisons ci-dessous quelques passages

(Certains paragraphes ont pu être modifiés en raison du passage de l’oral à l’écrit)

Il y a d’un coté l’environnementalisme, qui est un travail sur la question de l’environnement, et il y a d’un autre coté la vision écologique du monde.

L’écologisme serait la prise en compte de l’environnement dans toutes les décisions et les appréhensions du monde social, économique, culturel, démocratique, etc. Ça, c’est l’acception la plus récente, celle qui apparaît au début des années 70, en France et qui est déjà apparue dans certains autres pays, aux Etats-Unis notamment, un peu au Canada, aux Pays-Bas.

L’écologie en politique, se retrouve au XIXeme siècle principalement dans les mouvements qu’on va appeler socialisme utopique, dans certaines internationales ouvrières, qui voient dans le rapport à l’environnement une des chances éventuelles pour la classe ouvrière de s’émanciper, et de ne plus être à la merci des conditions de travail, de conditions de vie insalubres dans les grandes villes et autour.

Des expériences ont lieu dans le monde entier : des français qui, notamment au moment de la Commune, partent en Amériques pour créer des colonies utopiques, avec la prise en compte de "c’est quoi l’environnement, comment s’y adapter". Il apparaît plus facile de s’adapter à un environnement que l’on ne connaît pas, les États-Unis, l’Amérique, à celui que l’on croit connaître, la France et ses campagnes. […]

La Gauche ne prend pas forcément l’environnement comme une nécessité, pour plein de raisons qui sont liées à la vision intrinsèque, philosophique que la Gauche peut avoir au 18e, 19e ou même 20e siècle. Il y a quand même chez Descartes la vision de l’Homme maître et possesseur absolu de la Nature. Il y a chez Marx l’idée qu’il faut asservir la nature, il faut la plier à la volonté humaine. Les forces productives sont avant tout des forces naturelles. Ensuite, il y a les rapports sociaux de production : les forces productives, c’est le blé qui pousse, c’est l’eau qui coule, c’est la terre, c’est le minerai, c’est à dire des choses gratuites, et c’est bien l’un des problèmes de l’environnement plus tard : tout cela étant gratuit, d’une certaine façon, ce n’est pas comptabilisé véritablement comme force productive au même titre que d’autres.

La Gauche voit dans les demandes de prises en comptes de l’environnement dans la gestion de la société comme une sorte de nostalgie un peu romantique que l’on associe rapidement à la fin du 19e siècle aux romantiques allemands notamment, dont on sait qu’ils ont aussi concouru à une pensée philosophique qui peut nous amener jusqu’au fascisme mais aussi à bien d’autres choses. Et donc très longtemps la Gauche verra comme romantique, voire réactionnaire la prise en compte de l’environnement, de la nature etc. Sachant que la vision prépondérante de la Gauche, en tous cas de sa majorité est plutôt pour d’utiliser la Nature pour faire mieux vivre les hommes. L’important c’est le social, et non la provenance des ressources, question que l’on ne se pose pas, et quand elle se pose, historiquement on y répond par un autre biais, qui fait aussi que la Gauche est aussi engagée dans cette aventure-là, on va chercher ailleurs les ressources qui nous manquent ici, ça s’appelle la colonisation. […] J’essaye de vous montrer par là qu’il n’y a pas d’évidence à ce que l’écologie soit de Gauche dans l’Histoire.

De fait, il y a aussi, au début du 20e siècle, un grand phénomène qui est mort avec la 1ière Guerre Mondiale, qu’on a vu éclore à travers toute l’Europe : l’hygiénisme. Il s’agissait de la recherche d’une vie meilleure durant les années folles. Il y avait aussi la prise d’indépendance d’une certaine partie de la société, notamment des femmes dans certains domaines. [….] Au même moment, il y le naturisme, il y a une forme d’environnementalisme forcené, il y a un retour à la nature, avec le développement des sanatoriums, des sports, les premiers clubs alpins, les premiers parcs naturels réservés aux très riches au départ. Il y a une prise de conscience de la dégradation de la Nature par l’industrie et la nécessité de la préserver si on veut en conserver les avantages. […] Avec l’entre deux guerres, il y a la montée des fascismes, dans lesquels on trouve aussi des visions naturistes, "feulkis" grand phénomène de retour à la terre, à la nature première, l’homme avant l’homme, etc. qui s’approche un peu du bon sauvage rousseauiste. Le fascisme reprend les pans les plus mythocratiques de ce que pourrait porter l’écologie politique aujourd’hui si elle avait un tant soit peu fait le travail sur sa propre propagande potentielle. Il y a dans l’écologie une propagande forte, une propagande première qui est de montrer un groupe d’hommes et de femmes heureux, faisant la fête et dansant nus autour d’un feu. Toutes les civilisations se fondent sur cette vision première. Et l’écologie d’une certaine façon pourrait reprendre ce grand mythe fondateur de toute société.

C’est plutôt le fascisme qui, à une certaine époque, a pu le reprendre, notamment avec le mythe de l’indo arianisme, dont on retrouve des pans dans ce qu’on a appelé la Nouvelle Droite plus tard avec quelqu’un comme Alain de Benoist qui en ce moment est en train d’opérer un grand tournant écologiste. Il y avait d’ailleurs eu des petits groupuscules, de petites sectes qui s’étaient introduits dans la pré campagne présidentielle de Pierre Rabhi en 2002 [ durant laquelle il obtint 184 parrainages d’élus et qui donne naissance au Mouvement Appel Pour une Insurrection des Consciences] , sous l’angle de la préservation de la nature, de l’homme naturel et du fait que la Nature était un bien grand guide pour nous apprendre comment vivre en société. Ce qu’on a pu appeler en sociologie, la sociobiologie : regardons la Nature, elle nous donnera des leçons pour savoir comment organiser la société ceux qui sont les plus adaptés, les plus forts gagnent. […]

Et je dirai que l’on date en général l’apparition d’une écologie proprement politique aux alentours des années 60 ou 70. Politique à plusieurs sens. Tout de suite on va faire un distinguo, il y a l’écologie politique, qui considère que l’écologie doit être une vision du monde, on pourrait presque dire une idéologie qui guide l’ensemble des politiques. Et puis il y a l’écologie politique qui s’engage en politique. Ce sont deux choses différentes.

L’écologie en terme de vision du monde, apparaît en réalité déjà au 19e chez certains auteurs, au 20e chez d’autres auteurs qu’on ne connaît pas trop, parce qu’ils n’ont pas eu leur heure de gloire, à part Jacques Ellul qui a formé des générations d’étudiants à Bordeaux, Bernard Charbonneau, Ivan Illich, des auteurs qui aujourd’hui sont redécouverts, comme étant des précurseurs de cette pensée écologiste globale.

C’est une pensée, par exemple pour Illich, qui dit que l’ensemble de la société doit être gérée dès l’éducation sous la forme d’une autonomie beaucoup plus globale, et il développe en tant que pédagogue au Brésil des écoles dans lesquelles les enfants sont beaucoup plus autonomes, et il pense que c’est comme ça qu’on pourra véritablement changer la société. Il prône aussi une société absolument sans voiture, en considérant que la voiture est un outil de torture sociale, c’est à dire un outil qui n’a absolument aucune cohérence. […]

On peut aussi penser à André Gorz, qui arrive beaucoup plus tard dans les années 60, Michel Bosquet de son nom de plume dans le Nouvel Observateur, qui est plutôt un socialiste au départ, et qui dans les années 60 et 70, va faire ce qu’on va appeler le post marxisme écologiste. Beaucoup de gens qui réfléchissent l’écologie aujourd’hui viennent de ce courant de pensée post marxiste. On peut penser aussi à quelqu’un comme Edgar Morin, dissident du parti communiste, et puis aujourd’hui beaucoup d’autres que l’on découvre ou que l’on redécouvre à l’aune du fait que l’écologie redevient à nouveau, je dis bien à nouveau, une préoccupation majeure, en tout cas médiatiquement, portée comme tel. […] En gros, on peut dater des années 70, le moment où l’écologie a le plus de force sociale potentielle. Aujourd’hui c’est médiatiquement très fort, mais il n’y a pas énormément de force sociale, et Europe Ecologie, bon an mal an, n’a pas un électorat très organisé, pas encore, et c’est d’ailleurs la question que se pose Europe Ecologie, comment faire, comment redevenir, comment devenir -car beaucoup n’ont pas de profondeur historique chez les écologistes- comment redevenir un mouvement social. […] En réalité, il y a eu plusieurs types mouvements sociaux proprement écologistes, il y en a même eu plusieurs. Avec la déliquescence de l’URSS, beaucoup de gens ne croient plus au marxisme en tant que tel, et donc vont chercher ailleurs. Morin, ainsi que Gorz évidemment, deviennent des critiques du modèle marxiste et donc de ce modèle marxiste qui postule aussi que les forces productives sont infinies.

Les deux chocs pétroliers, de 1973 et 1981, avec la guerre du Kippour voit l’émergence des premiers grands axes d’une politique de préservation des ressources traduit à travers ces slogans passés dans le langage commun "la chasse au gaspi", "en France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées". […] On a les avions renifleurs qui passent au dessus de Paris et qui "reniflent" au sens propre la teneur en dioxine de l’air parisien (74/75, Giscard).

Toutes ces campagnes qui sont menées ne viennent pas de nulle part, elles viennent dans les années 60 de plusieurs mouvements : les féministes, les mouvements pour la reconnaissance des droits des homosexuels, le mouvement pour la reconnaissance du droit à l’avortement. […] Et arrive et se cristallise ce grand moment qu’on va appeler mai 68, dans lequel tous ces mouvements semblent plus ou moins se retrouver les uns les autres, et notamment les plus jeunes. Donc on a des centaines de milliers d’étudiants qui sont les premières générations de non héritiers directs et qui posent la question de "où va cette société ?". Si vous notez bien, la plupart des slogans de mai 68 ne sont pas tellement de gauche, voire sont critiques avec une gauche traditionnelle. […]

Donc 68 n’est pas tant une révolution de gauche, gauchiste, en réalité c’est l’extrême droite qui les appelle gauchiste, eux s’appellent les Enragés. Cohn-Bendit n’est pas gauchiste. Les gauchistes veulent lui faire la peau. Il est anarcho-libertaire. La plupart des appareils de gauche comme l’UNEF ou le PCF sont dépassés par mai 68. […]

Serge Moscovici (le père de Pierre) a écrit en 1968 un livre qui s’appelle "Essai sur l’histoire humaine de la nature" où il explique que ce n’est pas du tout le rapport à l’environnement lointain qui explique l’histoire de l’humanité, c’est la façon dont l’homme a transformé, modifié la nature qui explique la façon dont il fait de la politique quand il pense le monde.

Serge Moscovici est ainsi un des penseurs de l’écologie politique, et le rédacteur principal du texte fameux qui s’appelle "Pourquoi les écologistes font-ils de la politique » il sera également le conseiller principal de Brice Lalonde pendant certaines années. On a donc là un des acteurs fondamentaux de l’arrivée de l’écologie en France en politique. Cette arrivée se fait à travers mai 68, car un certain nombre de libertaires rencontrent des naturalistes, notamment dans les universités, dont Serge Moscovici qui donne cours à Paris 7, avec un certain nombre d’autres médecins, et qui créent ce qu’on va appeler les cours sauvages, l’université sauvage : en dehors des heures de cours, l’université est ouverte, à Paris 7, et les gens viennent prendre des cours sur la psychologie sociale, l’histoire de l’homme et de la nature, l’histoire des sciences, etc. Et c’est par l’histoire des sciences qu’une écologie plus politique va commencer à s’imposer.

Dans le même temps vous avez un certain nombre de groupes activistes et d’associations, les Amis de la Terre dont la branche française commencent en 1971. Vous avez aussi un certain nombre de journaux qui commencent à publier des idées écologistes. Le Nouvel Observateur a un supplément écolo à l’intérieur, qui deviendra "Le Sauvage" avec André Gorz. Il y a Charlie Hebdo / La Gueule Ouverte, Cavanna, qui commencent à s’intéresser à ces sujets, Pierre Fournier, dessinateur qui fait de grandes pages complètes dans Charlie Hebdo et dans la Gueule Ouverte.

Après mai 68, le monde n’a pas changé fondamentalement, de Gaulle a repris le pouvoir, Pompidou arrive, il va bétonner Paris, il va faire en gros une autoroute sur Seine, on va expliquer que c’est la ville qui doit s’adapter à la voiture et non pas l’inverse, et donc on est dans ces années de bétonnage à tout va : on a construit des barres HLM un peu partout autour de Paris, pour le bien-être de tous, on a bétonné l’accès à Paris avec le périphérique, c’est la science et la technique toute puissante.

En face, il y a un certain nombre de gens qui, sortant de mai 68 un peu désabusés, se disent "et bien justement je n’y crois pas à cette science, à cette technique toute puissante". Ils pensent que cette société va dans le mur. Sortent des films comme "l’an 01" adapté de la bande dessinée de Gébé. Se forme alors une sorte de contre société, issue de mai 68, et qui refuse la société techniciste gaulliste puis pompidolienne. Un certain nombre vont dans le Larzac, dans le Vercors, dans l’Ardèche. Ils sont déjà engagés, et ils reviendront dans les années 80-90, à la politique, bon an mal an. […] Sociologiquement, il y a eu déjà plusieurs fois la possibilité d’être majoritaire en France sur des thématiques écologiques. Toutes les études d’opinion montrent que, encore aujourd’hui, à la question de savoir si l’environnement est important pour eux, 80% disent que oui, le développement durable une nécessité : 80% de oui. Ainsi toutes les thématiques environnementales, dans les années 70, et aujourd’hui encore plus peut être, sont socialement majoritaires, mais pas politiquement.

La question qui se pose aux écologistes qui veulent faire de la politique, c’est celle du type d’organisation, et cela est dû aussi à l’idéologie propre, ou à la vision du monde propre de l’écologie, qui n’est pas exactement celle du mouvement ouvrier. […]

Le mouvement écologiste est dans ces mêmes problématiques depuis 30 ans. A peu près depuis 1971, c’est à dire le début de l’arrivée de l’idée selon laquelle les écologistes allaient entrer en politique. En 1974, un coup de force fait qu’un candidat se présente à l’élection présidentielle, René Dumont. Il fait 1,3 % à peu près. C’est la 1ière apparition d’un écologiste à la télévision, la 1ière fois qu’un écologiste se présente en tant que tel à une élection, ce n’est pas un succès, loin de là, mais cela date pour beaucoup d’écologistes le début, ou l’entrée en politique, en tout cas en élection.

Ensuite il y a les succès, qu’on a oublié aujourd’hui. En 77, il y a des succès écologistes dans certaines municipalités. En 78, il y a quelques succès aux législatives. A l’époque, il y a aussi le fait que le mouvement écologiste ne possède pas de parti politique à proprement parlé et est éclaté en différentes structures associatives ( par exemple les Amis de la Terre de Brice Lalonde) et en mouvements comme le ME (Mouvement Ecologiste) rapidement contré par un autre mouvement puis une coordination inter-mouvement se monte ( dont Isabelle Cabu prendra la tête). […]

L’écologie se nourrit des cultures portées par les militants qui la rejoignent à un moment, convaincue que cette idée porte une vision plus globale que le communisme ou le socialisme. Beaucoup viennent de la CFDT et du PSU. Dans les années 74 quand Michel Rocard part du PSU, il laisse derrière lui un certain nombre de gens. Il existe encore aujourd’hui un petit groupe, un petit parti qui s’appelle maintenant Les Alternatifs (qui s’appelait Alternative Rouge et Verte AREV, et qui était ce qui restait du PSU.) Ils avaient des ateliers, des groupes de réflexion qui développaient des thèses sur différentes thématiques comme "travailler 20h par semaine, c’est possible"...


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