Iran : chronique d’une élection contestée
Affrontement en Iran : face aux contestations le pouvoir répond par la répression- retrouvez la chronique de l’élection contestée par le "mouvement vert"
Affrontement en Iran : face aux contestations le pouvoir répond par la répression
Une élection bien partie
Les iraniens se sont massivement rendu aux urnes le 12 juin pour élire le Président de la République pour un mandat de quatre ans.
Fait sans précédent, le taux de participation à l’élection s’est élevé à 85% traduisant ainsi le profond désir de changement de la population.
Pour la première fois en République Islamique d’Iran, la population a eu l’occasion de s’exprimer pendant la campagne. Les partisans du réformateur Mir Hossein Moussavi étaient très actifs, surtout parmi les femmes, les jeunes et les intellectuels. La couleur verte avait été choisie comme signe de ralliement, et comme symbole de liberté, de paix et d’amitié.
Les places publiques et les principales avenues de Téhéran avaient rarement connu un tel enthousiasme. Elles étaient jour et nuit le lieu de discussions et d’affrontements idéologiques entre les partisans des différents camps.
Pour la première fois, des débats télévisés en directs avaient également été organisés entre les candidats quelques jours avant le scrutin. Le débat le plus attendu, celui entre Ahmadinedjad et son principal rival l’ex-Premier Ministre Mir Hussen Moussavi, a ainsi été regardé avec intérêt en Iran mais également à l’étranger, notamment dans les pays arabes du pourtour méditerranéen et du Golfe persique. Cela a été l’occasion pour Moussavi de dénoncer les « mensonges » et le bilan catastrophique d’Ahmadinedjad, ainsi que la corruption généralisée du système. Cette liberté de ton avait rarement été employée en République Islamique d’Iran.
Face aux critiques de ses adversaires, le Président sortant a essayé de présenter un bilan positif basé sur des chiffres indiquant que le niveau de vie des iraniens avait progressé depuis 4 ans, et que son gouvernement avait eu des succès significatifs en matière de politique étrangère . Les chiffres présentés ont été jugés fantaisistes par les médias réformateurs et ont contribué à discréditer un peu plus Ahmadinedjad auprès de la population. Suite à ces allégations, les partisans de Moussavi commencèrent alors à qualifier le Président de menteur lors des manifestations précédant le scrutin.
Enfin, les sondages réalisés tout au long de la campagne montraient une chute constante des intentions de vote en faveur d’Ahmadinedjad et confirmaient l’énorme popularité des candidats réformateurs, et de Moussavi en particulier. Tout le monde attendait donc le jour J, le vendredi 12 juin, comme le jour du changement pour l’Iran.
De nombreux indices entretenaient cet espoir
Deux jours avant le scrutin, les partisans de Moussavi, reconnaissable à leurs foulards et à leurs bracelets verts, montraient leur force et leur détermination en organisant une immense chaîne humaine dans l’avenue Vali Asr entre la place Tajrish, au nord de la ville, et la gare de Téhéran, à l’extrême sud. Soit sur une distance de 18 km…
Le jour même, Ahmadinedjad tenait son dernier meeting à l’Universtié Sharif, connue pour accueillir les élèves les plus brillants du pays. Son intervention fut interrompue par les étudiants aux cris de ’’va t’en menteur !!’’ et ’’ Ahmadi Bye Bye’’. Devant cette hostilité le Président candidat n’eut pas d’autre choix que de partir précipitamment. Le film de ces évènements fut largement diffusé parmi la population iranienne et notamment sur YouTube.
L’attente...
Au moment du vote, les iraniens se félicitaient de la victoire attendue des réformateurs. On imaginait un avenir meilleur pour l’Iran et le Moyen-Orient, avec moins de guerre et plus d’espoir. On imaginait l’Iran donnant l’exemple et entraînant la région dans son sillage. On imaginait une meilleure place pour l’Iran dans la communauté internationale. On imaginait moins de menaces de destruction et plus de coopérations. On imaginait des dirigeants ne niant plus les faits historiques et les crimes de la guerre. On imaginait…
Mais qu’est-il arrivé le jour de j ?
Quelques heures après la fin du scrutin, sous les yeux effarés des iraniens, les sites proches d’Ahmadinedjad annoncèrent la victoire écrasante du Président sortant avec 68% des voix contre 33% pour son principal rival, l’ex-Premier Ministre Moussavi.
Quelques faits expliquant ce résultat
Un mois avant le scrutin de nombreux fonctionnaires du Ministère de l’intérieur ont été remplacés par des proches d’Ahmadinedjad. Généralement au sein du département chargé de l’organisation des élections.
Au soir du 12 juin, peu après la fin officielle de l’élection, tout le système de communication par texto a été coupé et les sites proches des réformateurs ont été bloqués.
Les forces de l’ordre et les unités spéciales des Pasdarans ont été massivement déployées dans les principales avenues de Téhéran. La capitale a également été le témoin de manœuvres des forces spéciales appelées Eghtédar (Autorité) la veille du scrutin.
De nombreux indices laissent supposer qu’une fraude massive a été organisée. Ainsi dans la ville de Bandar Abbas (280 000 hab), le nombre de bulletins de votes a dépassé de 100 000 le nombre d’électeurs !!!
Le Conseil des gardiens, une institution conservatrice chargée de surveiller les élections, malgré la demande des réformateurs a refusé d’utiliser les machines électroniques pour compter les bulletins. Le décompte s’est donc fait à la main.
Le ministère de l’intérieur et le conseil des gardiens n’ont pas permit aux représentants des candidats réformateurs d’assister au dépouillement…
Voici donc quelques faits troublants parmi beaucoup d’autres pouvant expliquer les résultats du scrutin du 12 juin.
Et maintenant…
La population en état de choc n’accepte pas les résultats de l’élection et défile dans la rue en arborant le vert comme signe de ralliement… Mir Hossein Moussavi et certains de ses proches sont retenus prisonniers chez eux..... Les forces de l’ordre répriment brutalement les manifestations ayant déjà causés plusieurs morts et de nombreux blessés parmi des manifestants qui exigent qu’on leur restituent leur élection volée….
Les espoirs et les rêves de millions d’iraniens ont ainsi été bafoués. Dans le contexte international et régional actuel, l’Iran a un rôle à jouer et la main tendue par le Président Obama, soucieux d’établir un dialogue avec l’Iran, semble compromis au vu des résultats peu réjouissants de cette élection contestée.



