Union Européenne : quelles priorités pour la présidence tchèque ?
Pour six mois, la République tchèque a pris le 1er janvier dernier la tête de l’Union européenne. Après une présidence Sarkozy très marquée par l’agitation diplomatique et la question migratoire, c’est un europhobe pur et dur, Vaclav Klaus, qui prend les rênes de l’UE.
Pour six mois, la République tchèque a pris le 1er janvier dernier la tête de l’Union européenne. Après une présidence Sarkozy très marquée par l’agitation diplomatique et la question migratoire, c’est un europhobe pur et dur, Vaclav Klaus, qui prend les rênes de l’UE. Certes, comme dans les autres démocraties parlementaires, le président tchèque n’a qu’une fonction symbolique et c’est en fait Mirek Topolanek, le Premier ministre de droite, qui définira la politique de l’Union. Si Topolanek partage avec son président une certaine passion pour l’ultralibéralisme, il s’en distingue par une vision européenne plus compatible avec notre tradition.
Premiers couacs de la présidence tchèque
Cependant le verbe de ce trublion ultralibéral et provocateur (refusant par exemple d’afficher le drapeau européen sur la façade de la résidence de la présidence) peut causer des dégâts puisque c’est lui si ce n’est effectivement mais bien symboliquement qui, jusqu’au 30 juin 2009, est la voix de l’Europe.
Mais, Klaus ne semble pas le seul souci des Européens pour cette présidence. En effet, interrogé par l’AFP, le porte-parole du gouvernement tchèque pour la présidence de l’Union européenne, Jiri Frantisek Potuznik, avait déclaré début janvier, à propos de la guerre à Gaza : "En ce moment, nous comprenons que cette action fait partie de l’action défensive d’Israël, (...) nous comprenons que c’est plus défensif qu’offensif, et c’est la position du Premier ministre tchèque pour la présidence de l’UE". Et puis il assénait "Il s’agit du franchissement de la frontière de Gaza, il n’y a pas de violence, pas de victimes, nous attendons des informations supplémentaires et nous voudrions plus de détails". Il a bien sûr été désavoué par le ministre tchèque des affaires étrangères et proposé dimanche 4 janvier une "position officielle unique" (comme s’il pouvait y avoir plusieurs positions officielles) tenant compte de la réalité diplomatique qui condamne toute action, même à vocation "défensive", dès lors qu’elle menace des populations civiles.
Au programme
Prague compte mettre l’accent sur les réponses à apporter à la crise internationale : énergie, économie, l’Europe et le monde.
Economie : C’est la principale priorité de la présidence tchèque. Mais les leviers dont elle dispose sont limitées. En effet la politique monétaire appartient à la Banque centrale européenne, strictement attachée à son indépendance tandis que les politiques de relance de chaque Etat membre ne sont pas coordonnées. Pour essayer de réduire les divergences dans l’action économique des Etats membres, M Topolanek propose un sommet européen informel qui aurait lieu fin février et qui serait consacré aux premiers bilans des plans de relance et à la préparation du sommet du G20 en avril à Londres. Au côté de ces adaptations conjoncturelles, la présidence tchèque veut continuer des réformes structurelles en facilitant encore plus la libre circulation des travailleurs, des biens, des capitaux, des services et en y ajoutant un autre pilier la libre circulation des connaissances. Dans la lignée de l’agenda de Lisbonne pour améliorer la compétitivité de l’UE, la présidence tchèque veut supprimer touts les barrières non tarifaires. Enfin dans sa foi dans le libéralisme économique, elle veillera à ce que ne soit pas mis en place des politiques de nature protectionniste.
Energie : La fermeture du robinet de gaz russe sous fond d’une énième crise russo-ukrainienne rend encore plus urgent une diversification de l’approvisionnement avec un soutien au projet Nabucco, gazoduc reliant les réserves de la mer caspienne à l’Europe via la Turquie et évitant ainsi la Russie. La présidence tchèque mettra également en œuvre les engagements pris lors de l’élaboration au paquet énergie-climat (économie d’énergie, taxe carbone etc.). En fin elle veut parachever la constitution d’un véritable marché unique de de l’énergie et notamment de l’électricité.
Europe et monde : Pays de l’Europe de l’est, la République tchèque est naturellement attirée par le développement des relations avec les voisins balkaniques et orientaux de l’UE. En ce sens la République tchèque supervisera la préparation d’un partenariat oriental, s’intégrant dans la politique européenne de voisinage de l’UE au bénéfice notamment de l’Ukraine. Elle fera également tout pour accélérer l’adhésion de la Croatie à l’UE et permettre aux autres pays des Balkans de voir leurs candidatures acceptées. Enfin la République tchèque appuiera les initiatives pour un trouver une issue politique au conflit du Proche Orient et à la crise nucléaire iranienne. Mais il ne faut pas s’attendre à voir la présidence tchèque jouer un rôle de leader dans ses dossiers, son poids politique étant très modeste.
La République tchèque semble vouloir poursuivre un agenda libéral et favorable à ses intérêts ce qui n’est guère étonnant. Ces priorités toutefois sont ici guidées par l’environnement politique et économique et le prisme ultralibéral la République tchèque sera contenu dans un pragmatisme obligatoire, notamment au niveau économique.
Serge BLEHOUA et Julien METIFEUX



