UNEF, Que feras-tu de tes victoires ?
par les animateurs de la Tendance pour la refondation Syndicale (TRS)
Lors des dernières élections au CROUS et au CNESER, l’UNEF a remporté de larges victoires. Que celles ci soient du à une orientation en phase avec les aspirations des jeunes, à de l’électoralisme ou à un vote sanction contre le gouvernement, il n’en reste pas moins que l’UNEF est bien l’organisation largement majoritaire dans son milieu.
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Mais que compte donc faire notre syndicat étudiant de ses victoires ? Le projet défendu va t il apporter des solutions aux problèmes de nos universités ? Retour sur le projet de l’UNEF Lorsqu’on lit les textes de congrès de l’UNEF et en filigranne celui du CNESER, on voit que l’ambition de notre syndicat est de promouvoir la démocratisation de l’enseignement supérieur.
Ce combat est identifié au combat contre le mandarinat, c’est à dire contre des professeurs tout puissant qui pensent l’université d’aujourd’hui à travers le prisme de l’université très sélective et élitiste que fût celle de la troisième république. L’UNEF inscrit donc ses pas dans la poursuite du projet de la Gauche lorsque en 1989, celle-ci formula l’objectif de 80% d’une classe d’âge au bac.
La gauche d’alors suprimait petit à petit les redoublements, faisait du BEPC une formalité, incitait les professeurs à faire du chiffre, supprimait la sélection à l’entrée des univeristés.... La démocratisation était alors synonyme de massification. L’objectif de la gauche était d’emmener les éleves et les étudiants vers le plus haut niveau de formation. Certains y ont même vu un moyen de promouvoir la lutte des classes puisque l’obtention d’un diplôme élevé garantissait aux classes populaires un revenu plus important grâce aux garanties collectives. L’UNEF aujourd’hui n’a pas de projet différent. L’ennui, c’est qu’une étude rapide de la situation confirme que le problème de l’échec scolaire s’est déplacé de l’entrée au lycée à l’entrée à l’université.
Il ne s’agit pas pour nous de dire que l’objectif affiché par la gauche d’alors était une erreur. Il fallait le faire. Mais nous devons aujourd’hui reconnaître que la reproduction sociale s’est accentuée et que ce vaste projet n’a rien réglé. Ceux à qui on promettait une ascension sociale, se sont retrouvés exclus du système par un échec scolaire quasi systématique. Aujourd’hui, derrière l’égalité de facade entre les étudiants, l’égalité des droits dans l’accès au bac, aux universités, aux filières ; une sélection insidieuse s’opère rendant inopérant les efforts pour garantir le pacte républicain.
La sectorisation des lycées, permettant de garantir la mixité sociale, est un échec. De nombreuses familles contournent cette obligation en utilisant leurs ressources culturelles et sociales tant et si bien que certains lycées sont plus ségrégatifs que le quartier lui même...
Les lycées se hiérarchisent chaque jour un peu plus, ceux de Paris et quelques lycées de province sélectionnent les dossiers des meilleurs candidats afin d’augmenter leur prestige et les autres lycées, désireux de suivre cette dynamique, créent des classes de niveaux.
Les classes préparatoires et les grandes écoles, par la primauté qu’elle donnent aux enseignements de mathématique, structurent le privilège des filières aux lycées. De la classe de S option Maths à celle de lettres option arts plastiques, les éleves sont triés et les positions sociales dans la société sont de fait déterminées. Les universités parisiennes, de filières sélectives en études des dossiers des candidats de province, font la même chose en rejetant les "mauvais élèves" sur des universités de seconde zone. Si l’ambition première de la Gauche de permettre par l’éducation de s’émanciper du déterminisme familial ne doit pas être remis en cause, force est de constater nous n’avons pas réussi à accompagner suffisamment les enfants des classes populaires dans leur cursus scolaire.
Alors que ce projet était avec la politique de la ville et l’augmentation des salaires, une des priorités de la gauche à l’attention des classes populaires, cet échec a entraîné une distanciation de ces mêmes classes à l’égard des forces politiques comme des syndicats qui s’étaient engagé dans ce processus. Il n’y a qu’à regarder les positions de l’UNEF sur le LMD pour s’apercevoir que ce syndicat n’a pas changé d’un iota ses positions par rapport aux objectifs de la gauche en 1985.
Jamais nous n’avons ouvert le débat de la transmission et de l’acquisition des savoirs. Nous avons lu la mise en place du LMD qu’à travers le prisme du maintien des acquis. Ce qui est acquis est à nous, le reprendre c’est attaquer la démocratisation, c’est proner le retour à l’université de la troisième république, c’est rompre avec l’égalité des droits.
Le LMD a été lu à travers le maintien de la session de septembre, de la compensation annuelle, de la nécessaire supression de la sélection à l’entrée des master et le projet du CNESER consacre la disparition des grandes écoles par leur dissolution dans les universités. L’UNEF avait raison d’affirmer qu’il n’y avait aucune raison de remettre en cause ces droits sauf à partager, sans l’avouer, la volonté de revenir en arrièr. Mais notre syndicat s’est enfermé dans la défense d’un système qui est encore trop injuste et à bout de soufle.
l’UNEF s’est fait le défenseur du statut quo sans ouvrir d’autres chantiers que la poursuite de la démocratisation comme massification, par la poursuite de la supression de la sélection. Sans doute, notre organisation n’est-elle pas pleinement satisfaite de l’actuel. Il n’y a, après tout, toujours pas d’égalisation des conditions puisque l’allocation autonomie n’est pas mise en place. Mais l’horizon est maintenu : suppression des sélections et égalité de moyens. Le vieux rêve d’une société sans classe est ainsi maintenu comme un objectif. Pour s’attaquer réellement aux inégalités sociales et à leur reproduction, nous croyons qu’il est nécessaire de repenser la démocratisation.
Elle ne doit pas être pensé à travers le simple prisme de la massification et de l’égalisation des conditions (tout le monde au doctorat, une même allocation d’autonomie pour tout le monde, et un même salaire). Le cycle de la massification est clos. Désormais la démocratisation doit être synonyme de réduction des inégalités entre les classes populaires et les classes moyennes et supérieures. L’égalité des droits ne doit plus s’identifier à l’égalité des chances. Autrement dit les moyens de l’action publique doivent être concentré sur les plus défavorisés. C’est pourquoi la TRS a proposé lors du débat de notre projet pour les élections au CROUS un grand plan de réduction des inégalités plutôt qu’une mise en avant d’une allocation d’autonomie aussi hypothétique que peu redistributive. Ce “pack de l’égalité réelle” comportait un doublement des APL, une prime à l’ameublement, une augmentation des bourses à taux zéro, une augmentation des bourses, une CLE (Couverture Logement Etudiante) pour les étudiants issus des classes populaires. C’est aussi pourquoi nous avons proposé, lors du débat sur le projet du CNESER, un grand plan pour l’égalité des chances permettant la promotion, à dossier égal, des étudiants issus des bac pro dans les IUT et les BTS. Nous proposons aussi de tripler les moyens des ZEP, la création de ZUP (zone universitaire prioritaire),l’augmentation des salaires des professeurs qui y travaillent, la formation des enseignants au tutorat et l’accueil des nouveaux publics, la création de tutorats obligatoires, et l’exigence d’un véritable débat sur la transmission et l’acquisition des connaissances... Oui, l’UNEF est largement majoritaire dans le monde étudiant. Mais non seulement son projet l’enferme dans la contestation systématique mais, de plus, il ne répond pas aux problèmes de nos universités. Alors, encore un petit effort...
Retour sur les oubliés de la massification
L’UNEF, fer de lance de la démocratisation comme massification
Repenser la réussité de tous, c’est dissocier l’égalité des droits et l’égalité des chances
L’UNEF au milieu du gué



